logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

06/11/2011

Lettre à Rama Yade, qui dit des bêtises

rama-yade.jpgMadame,

je préférerais attendre que jeunesse se passe et montrer de l'indulgence envers quelqu'un qui a l'âge d'être ma fille. Mais vous avez été deux fois ministre, une fois ambassadeur, et il n'y a donc aucune raison de vous ménager.

Inteviewée jeudi dernier sur le plateau de Complément d'enquête, ce jour-là consacré à l'avenir de la jeunesse, vous avez directement accusé la génération des parents de porter une lourde responsabilité dans les difficultés que rencontrent leurs enfants.

Première accusation: nous les chouchoutons trop. "Si les jeunes ne s'indignent pas encore, c'est qu'ils sont sous la tutelle des familles. Nous sommes un pays méditerranéen, les familles jouent un rôle important, notamment pour loger les jeunes, pour payer les études. Cela agit comme un sédatif. C'est une sorte de mendicité familiale à laquelle les jeunes sont contraints aujourd'hui, parce qu'ils n'arrivent pas à trouver du travail."

Mon commentaire:

1/ Nous ne sommes pas un pays méditerranéen. Les Bretons, les Alsaciens, les gens du Nord, et bien d'autres apprécieront. La force de la France, c'est justement cette diversité, comparable à aucun autre pays d'Europe.

2/ Depuis quand faudrait-il s'excuser d'aider son enfant à faire des études, à se loger? Est-ce que ce n'est pas le devoir de base des parents?

3/ D'où sortez-vous l'idée que seuls les parents "méditerranéens" se saignent aux quatre veines pour aider leurs enfants à préparer leur avenir?

Deuxième accusation: nous sommes égoïstes. "Je dis aux générations précédentes d'être un peu plus solidaires avec la nouvelle génération. Je dis à la génération qui a connu les Trente Glorieuses et qui a aujourd'hui des retraites, de partager un peu le fardeau de la crise avec ses enfants."

Mon commentaire:

1/ Il faudrait savoir. Vous venez de reprocher aux parents de loger leurs jeunes et de leur payer des études.

2/ La génération qui "a des retraites", comme vous dites, est extrêmement solidaire, au point qu'on l'appelle "amortisseur de crise". Puis-je vous suggérer de vous renseigner? Par exemple auprès du Credoc et de son barême des solidarités familiales. Qu'il s'agisse de soutien moral, bricolage, travaux ménagers, aide à la garde d'enfants, participation financière, démarches administratives, don d'argent, prêt d'argent, soins à une personne dépendante, prêt d'un logement ou hébergement à domicile, ou enfin transmission d'un héritage par anticipation, à tous ces items, la génération des 60/69 ans (celle que vous incriminez) a le plus fort score de réponses positives.

3/ Cessez de fantasmer sur le montant des retraites de cette génération. Là aussi, renseignez-vous. Vous semblez bien connaître le taux de pauvreté chez les jeunes et c'est tout à votre honneur. Mais avant d'accuser, apprenez quelques chiffres, ça vous évitera d'être inutilement désagréable et blessante avec les millions de seniors qui, sans avoir grand chose, se débrouillent quand même pour aider les plus âgés, les plus jeunes et les beaucoup plus jeunes.

4/ A quoi jouez-vous en excitant les générations les unes contre les autres? Les jeunes le savent, leurs parents et leurs grands-parents aussi, il y a une grande règle dans la vie, c'est que personne ne gagne rien d'important aux dépens des autres. Les "Indignés" ne le sont pas contre leurs parents, ils le sont contre un système économique et financier dont le plus grand nombre souffre, et dont un tout petit nombre profite. Et leurs parents, leurs grands-parents sont indignés de cela, eux aussi.

Voilà, Madame, ce que je voulais vous dire. Vous avez eu des responsabilités au plus haut niveau, visiblement vous aspirez à en prendre d'autres. Vous allez avoir 35 ans, et vous avez certainement les moyens de votre ambition. Mais vous n'apporterez rien de bon au pays si vous ne choisissez pas de fonder vos propositions sur la vérité plutôt que sur les slogans.

Respectueusement

Geneviève Jurgensen

 

 

 

12/08/2011

Finances, violons et casseroles

traders-bonus-bancaires-banque-bnp-paribas-bourse.jpgtrade.jpgimages.jpgbourse.jpg

 

 

 

 

 

Si vous aviez quelque chose d'important à confier à quelqu'un, les économies de toute une vie, par exemple, vous vous adresseriez à l'un de ces jeunes gens?

Pas sûr. C'est pourtant ce que bien des bonnes âmes ne manquent pas de nous conseiller, et ça ne date pas d’hier. Ca ressemble un peu à ça: confianssse…



 

Il y a trente ans déjà, le Commissariat général du Plan s’époumonait : au son des violons, certains grands financiers et autres assureurs s’accordaient pour jouer avec virtuosité la séduisante symphonie des Fonds de pension. Le leitmotiv était tout simple : « Le seuil atteint par les prélèvements obligatoires est insupportable ».

Je reconnais que, dit comme ça, on ne peut qu’être d’accord. Regardez votre fiche de paye de 1980, si vous en avez gardé une dans un coin (ou encadrée dans votre salon !) et comparez-la à une plus récente. Elle était trois fois plus courte. Toutes ces petites lignes qui se sont rajoutées, ce sont des « prélèvements obligatoires ». Brrr…

Sauf que « prélèvements obligatoires », ça se dit aussi « solidarité ». En clair, cette petite ligne-la, sur la fiche de paye, c’est le riche qui soutient le pauvre ; celle-là c’est le travailleur qui soutient le chômeur ; et celle-là c’est le bien-portant qui soutient le malade ; et encore cette autre, là, c’est le jeune qui soutient le vieux, l’adulte qui soutient le bébé…

En revanche, pour parler en bon français, Fonds de pension, ça veut dire jouer sa retraite en Bourse ! Présenté sous cette forme, ça tente quelqu’un ?

Pour autant, les Paganini de l’époque ne se sont pas découragés et ils ont même fait des petits. Près de vingt ans plus tard, en 1998, un brillant conseiller du Premier ministre (polytechnique et tout et tout) jouait à son tour les Yehudi Menuhin de la retraite par capitalisation et rendait un rapport savant pour entonner le même couplet : stop à la solidarité, vive la finance.

Je n’en parlerais pas si l’homme n’avait été un cadre important de Goldman Sachs. Ca vous dit quelque chose ? Une banque qu’il a fallu renflouer par milliards, après la crise des subprimes, celle qui a jeté à la rue des millions d’Américains qui n’avaient rien fait de mal. Est-ce qu’un peu de bon sens de vaut pas tous les diplômes du monde ?

Vous connaissez ce ruban. Certains jours, on aimerait se faire plaisir et le dérouler autour de certains établissements financiers.

 

 

Crime Scene tape.jpg

 

En France, donc, on n’est pas aussi rigolos qu’à Wall Street, mais on a tenu bon. Le meilleur des placements, c’est resté de se serrer les coudes.

Mais quand on a plus de dix ou quinze ans, on se souvient de beaucoup de choses. L’Argentine, par exemple, il y a juste dix ans, quand un beau jour –si l’on peut dire- de décembre, en plein été pour eux, les banques ont tout simplement baissé leur rideau. Entre la dette et la fuite des capitaux, les Argentins n’avaient plus rien. Les financiers leur avaient tout volé. Et rien veut dire rien : les salaires n’étaient plus versés, les retraites non plus.

Après les pillages et les larmes, les Argentins sont venus pendant des semaines, soir après soir, taper sur des casseroles Place de Mai, là où quelques années plus tôt les femmes venaient réclamer des nouvelles des disparus de la dictature.

J’aime cette image, elle montre des gens unis et combatifs.

 

cacerolazo-argentina.jpg

Aujourd’hui, l’Argentine s’est relevée. Elle est en plein essor. Qui se souvient que pour une large part, elle doit cette guérison à son système de solidarité, qui malgré la catastrophe financière a permis de donner un peu à ceux qui n’avaient rien ?

Depuis, le pays a encore renforcé ce système, qui le rend plus résistant que d’autres qui le considèrent comme peuplé de naïfs gauchos ou, au mieux, de bons danseurs de tango, mais sont, eux, tombés plus bas que terre lors de la crise de 2008.

Pareil pour la France. Souvenez-vous du mépris avec lequel un conseiller du président Bush parlait de la France et de l’Allemagne comme de la « vieille Europe ». Eh bien, cette vieille Europe, qui comme l’Argentine a la solidarité pour arme principale, fait mieux face aux crises économiques que toutes les nations qui se prosternent devant les Stradivarius de la corbeille.

Je vais vous confier une petite exclusivité. Elle va vous faire plaisir. Le mois dernier, nous avons publié un questionnaire, dans Notre Temps. Nous demandions à nos lecteurs de cocher, parmi vingt-quatre options, les cases correspondant à leur priorité, pour l’avenir du pays.

Ils ont été plus de mille à prendre la peine de répondre, avec enveloppe, timbre et rien à gagner. Vous savez quelles sont, et de loin, les deux priorités qui viennent en tête ? L’emploi des jeunes et la préservation de notre système de solidarité.

C’est une sacrée bonne nouvelle. Grâce à cela, les rideaux de nos banques ne sont pas près de baisser. Parce que nous sommes restés des paysans, au fond de nous, avec les pieds sur terre.

Et nous, la vieille Europe, nous, les paysans, même quand on nous joue du violon, nous savons reconnaître le son du pipeau.


paysan.jpg

 



 

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique