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02/07/2013

Déambulez, claudiquez, roulez jeunesse!



Comme on a beaucoup entendu parler du mariage pour tous, au point que ce "pour tous" est devenu une véritable expression toute faite (un peu comme le "non mais allô quoi" de Nabila), je me suis demandé s'il existait dans ce pays une notion de "vacances pour tous".

Je sais que la réponse est oui pour les enfants de familles pauvres, et que les associations, les municipalités, font beaucoup, même si ce n'est jamais assez. Mais pour ceux qui ne sont plus très vaillants, ou même pas vaillants du tout, ceux que leurs jambes ne portent pas bien loin sans aide, et qui pourtant ont encore le coeur à partir?

vacances,handicap,agence de voyageQuand je tape les mots "tourisme déambulateur" sur Google, je tombe sur des images affligeantes, sauf celle-ci (copyright Olivier Razemon), tirée d'un blog qui m'a bien intéressée. Comme par hasard, cette image de ski-luge-déambulateur (oui, je sais, elle n'est pas de saison!) nous vient du nord, précisément de la Norvège. Dans ces pays où les saisons étant rudes, on a l'esprit pratique. Et on adapte tout à ses possibilités, pour faire en sorte qu'on puisse profiter de la vie longtemps, longtemps!

Voilà pourquoi ça m'a fait plaisir de découvrir qu'en France - enfin! - une agence de voyage avait choisi de courtiser les candidats au tourisme dont les autres ne veulent pas: ceux qui ont besoin d'assistance pour se déplacer, ceux qui ont besoin de précautions particulières, mais qui ont quand même envie de sortir de leur trou et de voir du pays.

Bien sûr, ce n'est pas donné (environ 1800 euros la semaine) notamment parce qu'il faut davantage de personnel, pour aider à enfiler les bas de contention, remplir des dossiers plus scrupuleux que d'habitude notamment pour savoir qui joindre en cas d'urgence etc. Mais c'est agréable de penser que, si on a la chance d'en avoir les moyens, ou de voir sa famille se cotiser pour ce beau cadeau, on peut profiter des vacances comme n'importe quel touriste, et pas seulement en attendant qu'une bonne âme se souvienne que vous existez et vienne vous faire faire un petit tour. 

Il y a juste dix ans, nous entrions dans un été qui allait être exceptionnellement chaud. Notre ignorance à tous, y compris aux professionnels du grand âge, a ouvert la voie aux conséquences effroyables de la canicule, 20 000 morts en France, et plus de trois fois plus dans toute l'Europe. Dix ans plus tard, parlons donc tourisme, balade, découverte, car on ne peut rendre meilleur hommage aux victimes qu'en leur disant: "Voyez, nous n'avons pas oublié. La preuve: nous avons beaucoup changé, et ce n'est que le début, grâce à vous nous changerons encore."

Rendez-vous dans dix ans, pour mesurer le chemin parcouru!

 

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06/11/2011

Formidables, Intouchables

La première fois que j'ai rencontré Philippe Pozzo di Borgo, c'est par un manuscrit qui m'est arrivé au courrier. Il avait, entre autres, envoyé son texte aux éditions Bayard, où j'étais éditeur. Je l'ai vite lu, et tout de suite appelé l'auteur. Nous avons fait affaire. Il ne demandait pas beaucoup d'argent, et il était prêt à laisser, comme je le lui suggérais, son adresse électronique à la fin de son livre. Je pensais, en effet, qu'après la lecture de ce témoignage, beaucoup de gens voudraient lui écrire directement.

un-episode-de-la-vie-de-philippe-pozzo-di-borgo-(au-centre)-devenu-tetraplegique-apres-un-saut-en-p.jpgPhilippe était alors proche de l'époque où son corps faisait encore des merveilles. L'accident avait eu lieu moins de huit ans plus tôt. (C'était un accident de parapente. Sur la photo, Philippe est au milieu). Il était encore plus proche de l'époque où Béatrice, son épouse bien-aimée, vivait, rayonnait. Et si dense que fût son livre, si combattif que fût Philippe, la douleur était encore cette montagne qu'il allait falloir gravir s'il voulait vérifier ce qu'il y avait de l'autre côté. Quelque chose d'acceptable, même paralysé des quatre membres, même veuf, ou rien? En d'autres termes: vivre en valait-il la peine?

Nous avons travaillé le manuscrit ensemble. Philippe fumait un peu, moi aussi, je lui tendais sa cigarette, j'allumais la mienne, je l'écoutais. Il allait avoir 50 ans. Il se souvenait d'un roman d'Elia Kazan sur ce sujet, "L'Arrangement", il aurait aimé le relire, mais il ne le trouvait chez aucun libraire. Je lui ai donné mon exemplaire. Quelquefois, quand on se parlait au téléphone et que j'avais besoin de poser un instant le combiné pour chercher un renseignement, je lui disais machinalement : "Bougez pas". Ca le faisait rire, avec un soupçon de tristesse.cr_eta_pozzo_c.jpg

Le livre est sorti, il a eu un succès plus que raisonnable. Dans son émission de France 3, Mireille Dumas a reçu Philippe et Abdel, celui qu'on appelle son "auxiliaire de vie"... Abdel, c'est la vie, oui. Mais pas vraiment auxiliaire.

Tout cela, c'était il y a dix ans. Aujourd'hui, Philippe Pozzo di Borgo, c'est François Cluzet dans "Intouchables". Et Abdel, que Phlippe appelle son "diable gardien", c'est Omar Sy. La France entière les découvre et les aime. On fait la queue devant les 500 salles où le film est distribué, on rit pendant la projection, on applaudit à la fin. Et on pense à ce drôle de duo, longtemps après être sorti de la salle.



J'ai revu Philippe Pozzo di Borgo il y a une dizaine de jours. Nous avons déjeuné longuement. Je lui ai dit "Ce film, je l'aime parce qu'il ne ment pas. On rit, mais les deux acteurs savent montrer quand même leur désespoir." Philippe a hoché la tête: "Oui. Et la solitude."

 

 

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Son livre est ressorti, il connaît une seconde vie et vole vers un immense succès. Il a d'ailleurs gardé son titre original, "Le Second souffle", qui lui va mieux que jamais. Sur la dernière page, Philippe a laissé son adresse électronique. Il n'a pas peur d'être submergé par les messages, par les demandes de contact. Le cap des 60 ans, qu'il vient tout juste de passer, semble avoir été moins difficile que celui de la cinquantaine. Grâce à sa nouvelle épouse, sans doute, et à Essaouira (l'ancienne Mogador!) où il s'est installé, pour profiter d'un climat idéal pour lui.

Mais aussi parce que, de l'autre côté de la montagne, gravie au fil des ans, il a découvert un monde habitable. Pas celui dont il rêvait, bien sûr. Pas un monde où on ne pleure jamais. Mais un monde où un homme comme lui, à qui le destin a tout pris, se sent soudain capable de tout donner.

A bientôt, Philippe, j'étais contente de vous revoir.

 

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