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29/11/2011

La Sécu, c'est nous

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En sortant du cinéma, j'ai pris le métro pour rentrer chez moi. Il était 22 heures. Sur le quai, nous étions nombreux, une trentaine de personnes, et il restait quatre minutes à attendre la rame. Si j'avais osé, j'aurais pris une photo. Mais cela n'aurait pu qu'être mal interprété. Ce que j'aurais voulu montrer, sur cette photo? Qu'à 22 heures, un soir de semaine, en plein coeur de Paris, j'étais la seule sur le quai à n'avoir aucun problème.

Je veux dire: aucun problème social. Des problèmes, j'en ai comme tout le monde. Mais je ne suis pas pauvre, ni alcoolique, ma santé n'est pas délabrée, j'ai un chez moi, des gens qui attendent que je rentre et seront contents de me voir arriver. Ceux que j'avais sous les yeux (100% d'hommes, ça ne m'a pas frappée sur le moment mais à la réflexion, si!) étaient soit très patibulaires, avec leurs capuches de sweat et leurs casques MP3 qui les rendaient presque sans visage, leur façon d'occuper le quai et de fumer ostensiblement, soit très misérables, avec leurs sacs de couchages, leurs caddies remplis de vieilles choses entassées, leurs litrons de pinard à portée de main et leur façon de parler trop fort sans se faire entendre pour autant.

Choc, incrédulité, un peu de peur, un peu de honte, et de la sympathie. Voilà ce que j'ai ressenti pendant les quatre minutes d'attente. L'un des sans-abris m'a sollicitée, j'ai donné deux euros. Un étudiant tout jeune est arrivé, il a été sollicité aussi, il n'avait que des cigarettes, il les a données. Puis je suis montée dans le métro, je me sentais un peu princesse dans mon carosse, laissant derrière moi ceux qu'on appelle les marginaux.

On peut accuser les banques, la finance, les politiques, les médias, les corrompus, les tricheurs, qui on veut: pour finir la solution c'est nous.

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Les Restos du coeur sont repartis en campagne, celle du Secours catholique s'est affichée sur nos murs pendant tout le mois de novembre, le Téléthon commence vendredi. C'est la quête à tous les étages. Y compris les faux quêteurs, que comme moi vous éconduisez plus ou moins poliment, quand ils sonnent à votre porte en se prétendant de La Poste, ou éboueurs, ou pompiers... Faux quêteurs, vrais menteurs, mais surtout vrais exclus eux aussi.

Vous connaissez le système wiki: il a commencé il y a dix ans, avec l'encyclopédie Wikipedia, à laquelle contribuent, chacun de son côté, des millions de bénévoles à travers la planète, non seulement en postant des biographies, des articles, mais en complétant ou corrigeant ceux des autres. Ce système contributif est spontané, solidaire et entièrement autorégulé.

Quelle différence avec ces grandes, parfois très grandes, ou petites, parfois très petites associations qui font tout pour endiguer le malheur et la pauvreté? Quelle différences avec ces millions de gestes individuels qui, tous les jours, mettent un peu de sous dans un gobelet tendu et un peu de baume sur les plaies?

La sécurité sociale et toutes les solidarités institutionnelles continuent de fonctionner malgré les déficits, c'est bien. Mais s'y ajoute plus que jamais une sorte de wiki-sécu qui n'a pas de conseil d'administration, pas de président, pas d'adresse répertoriée, à laquelle personne n'est obligé de cotiser et qui pourtant fonctionne à plein régime. Cette wiki-sécu, c'est vous, c'est moi, c'est un étudiant qui donne ses clopes à une heure où il aura du mal à trouver un bureau de tabac ouvert pour se réapprovisionner.

Partout où il y a de la misère, il y a aussi cet élan. La crise rend égoïste? On aurait plutôt tous les jours sous les yeux la preuve qu'au contraire, la crise rend généreux.



 

06/11/2011

Lettre à Rama Yade, qui dit des bêtises

rama-yade.jpgMadame,

je préférerais attendre que jeunesse se passe et montrer de l'indulgence envers quelqu'un qui a l'âge d'être ma fille. Mais vous avez été deux fois ministre, une fois ambassadeur, et il n'y a donc aucune raison de vous ménager.

Inteviewée jeudi dernier sur le plateau de Complément d'enquête, ce jour-là consacré à l'avenir de la jeunesse, vous avez directement accusé la génération des parents de porter une lourde responsabilité dans les difficultés que rencontrent leurs enfants.

Première accusation: nous les chouchoutons trop. "Si les jeunes ne s'indignent pas encore, c'est qu'ils sont sous la tutelle des familles. Nous sommes un pays méditerranéen, les familles jouent un rôle important, notamment pour loger les jeunes, pour payer les études. Cela agit comme un sédatif. C'est une sorte de mendicité familiale à laquelle les jeunes sont contraints aujourd'hui, parce qu'ils n'arrivent pas à trouver du travail."

Mon commentaire:

1/ Nous ne sommes pas un pays méditerranéen. Les Bretons, les Alsaciens, les gens du Nord, et bien d'autres apprécieront. La force de la France, c'est justement cette diversité, comparable à aucun autre pays d'Europe.

2/ Depuis quand faudrait-il s'excuser d'aider son enfant à faire des études, à se loger? Est-ce que ce n'est pas le devoir de base des parents?

3/ D'où sortez-vous l'idée que seuls les parents "méditerranéens" se saignent aux quatre veines pour aider leurs enfants à préparer leur avenir?

Deuxième accusation: nous sommes égoïstes. "Je dis aux générations précédentes d'être un peu plus solidaires avec la nouvelle génération. Je dis à la génération qui a connu les Trente Glorieuses et qui a aujourd'hui des retraites, de partager un peu le fardeau de la crise avec ses enfants."

Mon commentaire:

1/ Il faudrait savoir. Vous venez de reprocher aux parents de loger leurs jeunes et de leur payer des études.

2/ La génération qui "a des retraites", comme vous dites, est extrêmement solidaire, au point qu'on l'appelle "amortisseur de crise". Puis-je vous suggérer de vous renseigner? Par exemple auprès du Credoc et de son barême des solidarités familiales. Qu'il s'agisse de soutien moral, bricolage, travaux ménagers, aide à la garde d'enfants, participation financière, démarches administratives, don d'argent, prêt d'argent, soins à une personne dépendante, prêt d'un logement ou hébergement à domicile, ou enfin transmission d'un héritage par anticipation, à tous ces items, la génération des 60/69 ans (celle que vous incriminez) a le plus fort score de réponses positives.

3/ Cessez de fantasmer sur le montant des retraites de cette génération. Là aussi, renseignez-vous. Vous semblez bien connaître le taux de pauvreté chez les jeunes et c'est tout à votre honneur. Mais avant d'accuser, apprenez quelques chiffres, ça vous évitera d'être inutilement désagréable et blessante avec les millions de seniors qui, sans avoir grand chose, se débrouillent quand même pour aider les plus âgés, les plus jeunes et les beaucoup plus jeunes.

4/ A quoi jouez-vous en excitant les générations les unes contre les autres? Les jeunes le savent, leurs parents et leurs grands-parents aussi, il y a une grande règle dans la vie, c'est que personne ne gagne rien d'important aux dépens des autres. Les "Indignés" ne le sont pas contre leurs parents, ils le sont contre un système économique et financier dont le plus grand nombre souffre, et dont un tout petit nombre profite. Et leurs parents, leurs grands-parents sont indignés de cela, eux aussi.

Voilà, Madame, ce que je voulais vous dire. Vous avez eu des responsabilités au plus haut niveau, visiblement vous aspirez à en prendre d'autres. Vous allez avoir 35 ans, et vous avez certainement les moyens de votre ambition. Mais vous n'apporterez rien de bon au pays si vous ne choisissez pas de fonder vos propositions sur la vérité plutôt que sur les slogans.

Respectueusement

Geneviève Jurgensen

 

 

 

 
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