logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

26/09/2011

La retraite... à quel âge, déjà?

Heureusement qu’on ne mesure pas la crédibilité d’une nouvelle à sa vitesse de propagation! À en croire les commentateurs, ces tout derniers jours, les Français allaient devoir attendre 67 ans pour prendre leur retraite. C’est le Premier ministre en personne qui l’avait dit. On était à peine sorti des négociations précédentes et toc! On reprenait cinq années de plus derrière les oreilles.




Pourtant François Fillon n’a pas parlé chiffres. Il n’a parlé que d’évidence, évoquant l’Allemagne : « Il faudra aller vers un temps de travail commun, vers un âge de la retraite commun, il faudra aller vers une convergence progressive de l’organisation économique et sociale de nos deux pays, parce que c’est la clé de la survie et du développement de la zone euro et du continent européen. »

Bien sûr on peut être contre la survie de la zone euro et contre le développement du continent européen. Auquel cas la divergence fera très bien l’affaire. Autrement, impossible d’imaginer que l’incohérence des systèmes sociaux joue en notre faveur. Fillon n’a énoncé qu’une banalité, presque une lapalissade.

La retraite à 67 ans, pour les Allemands, c’est dans une vingtaine d’années. Il va couler pas mal d’eau sous le Schillingbrücke d’ici là. Vous vous souvenez de la France il y a vingt ans?

coupe-davis-19911.jpgYannick Noah chantait Saga Africa sur le court de tennis, à Lyon, après la victoire de la France en Coupe Davis...










225px-Edith_Cresson_EC.jpgEdith Cresson était Premier ministre...


Un autre pays, et même un autre monde, dans lequel l’URSS existait encore...Carte_urss.jpg



Comme le nôtre, le financement des retraites allemandes repose avant tout sur le travail du salarié, qui cotise ainsi que son employeur (mais sans retraite complémentaire obligatoire, une part de capitalisation individuelle étant subventionnée par l’Etat). Ce mode de financement résulte pour une large part de lobbys financés par les groupes industriels. Ce n’est pas le cas en France, où il résulte essentiellement d’une décision politique. C’est intéressant qu’on arrive à un résultat si comparable.

Le mot « lobby », chez nous, fait horreur, car il est synonyme d’intérêts particuliers au détriment de l’intérêt collectif. Il y a du vrai. Prenons l’exemple de l’industrie automobile. Elle est florissante en Allemagne, surtout grâce aux voitures haut de gamme, les Audi, Mercedes, BMW, sans même mentionner Porsche. 1209728262_small.jpgL’offre des autres constructeurs européens est (ou était, il y en a si peu maintenant!) plus diverse, avec des modèles pour toutes les bourses. Les lobbys allemands ont obtenu de l’Union européenne qu’elle soit laxiste concernant les émissions de gaz à effets de serre, afin de protéger l’industrie de grosses voitures allemandes. Ouvrant ainsi un boulevard aux Japonais, qui ont pris dix ans d’avance sur l’Europe pour le lancement et la mise au point des moteurs hybrides.

La Commission européenne et le Parlement sont littéralement assaillis par les lobbyistes allemands, et pas seulement pour éviter que les directives ne nuisent aux domaines les plus vigoureux de leur industrie. Ils sont là aussi pour que leur pays ne se laisse pas embêter par des lois sociales susceptibles de plomber leur dynamisme.

Devons-nous pour autant nous en méfier par principe? A entendre les commentaires qui ont suivi la déclaration de François Fillon, on aurait cru que l’Allemagne était peuplée de vieillards à barbe blanche descendant à la mine avec leur piolet sur l’épaule en chantant « Eo éo, je retourne au boulot »...

En fait, l’âge du départ à la retraite est secondaire... La pire des pénibilités, dans le travail, c’est de ne pas en avoir! Ça, ça ronge, ça use, ça détruit un homme! L’âge du départ à la retraite trouve son équilibre facilement quand le taux d’emploi est satisfaisant. Pour les plus de 55 ans, ce taux a progressé trois fois plus vite en Allemagne qu’en France pendant ces dix dernières années. Il est également bien meilleur pour les jeunes. Pas étonnant que le débat sur les retraites soit moins exacerbé chez eux que chez nous. Parlons boulot d’abord, ce qui veut dire parler compétitivité, et le reste suivra naturellement.

Les lobbys qui font le siège de la Commission européenne à Bruxelles, des députés européens à Strasbourg et du Bundestag à Berlin peuvent, sans que ce soit leur but (notre sort, ils s’en fichent évidemment), peser dans le bon sens. Ce qu’ils veulent, c’est qu’avec ou sans nous l’industrie allemande reste performante. Pour cela, l’Europe ne doit pas la phagocyter, qu’il s’agisse de gaz à effets de serre ou de protection sociale. Ce qui veut dire que l’Europe doit favoriser l’emploi.

De notre côté, au lieu de nous enliser dans des décomptes de trimestres, nous sommes dans l’urgence de relancer nos savoirs-faire. La restauration et les BTP, par exemple, où nous sommes aussi bons que l’Allemagne dans l’industrie chimique ou automobile. Qu’est-ce qu’on attend pour en donner le goût aux jeunes gens? Ils sont orientés vers des métiers sans débouchés, se détournent des filières qui embauchent, et on les assourdit avec l’âge légal de la retraite avant qu’ils n’aient mis un doigt de pied dans le système! On les persuade que tout est méprisable sauf un CDI alors qu’ils n’obtiennent même pas d’accusé de réception quand ils font acte de candidature! Comment se repéreraient-ils dans de telles contradictions?

Le lobby, on n’est pas obligé d’aimer, mais c’est un métier. En France, nous n’avons pas de lobby officiel, nous avons des groupes de pression. Leurs exigences sont toujours les mêmes: du fric, du fric, du fric. Les restaurateurs par exemple ont obtenu de Bruxelles, il y a plus de deux ans, l’abaissement de leur taux de TVA. images.jpegCela n’a servi qu’à retirer une source de revenu à l’Etat. Quoi qu’il nous en coûte, la restauration est le secteur d’activité qui a compté le plus de faillites dans les treize derniers mois.

Pourquoi s’offusquer de ce qui se passera dans vingt ans, comme si nous n’avions assez à faire avec aujourd’hui? Nos enfants peinent à entrer dans la vie active. Leurs parents peinent à y rester. L’urgence est là. La retraite de nos aînés a été bonne parce qu’ils ont pu travailler. En 2030, pour nos cadets, elle le sera si eux aussi ont pu travailler.

Et si on parlait de quelqu’un qui vient d’annoncer sa retraite, à 70 ans? Quelqu’un qui en avait une petite cinquantaine quand elle a commencé à travailler. Travailler en gagnant vraiment sa vie, je veux dire. Travailler autrement qu’au pourboire et au cacheton. Quelqu’un qui avait déjà beaucoup fumé et beaucoup bu, avant de toucher ses premiers vrais chèques. Mais quelqu’un qui a aimé la vie épuisante qu’elle a menée ensuite, avec changements brusques de climat, décalages horaires, fatigue de la route, des avions, des chambres d’hôtels... Cesaria Evora arrête sa carrière: son corps ne tient plus. Entre cent, j’ai choisi de partager avec vous sa version de Besame Mucho, parce que j’aime la subtilité des arrangements et la douceur avec laquelle Cesaria chante cette belle chanson de renoncement. Oh oui, Cesaria, on t’embrasse mucho mucho! Repose-toi bien, maintenant, dans ton île, le Cabo Verde à qui sur les scènes du monde entier tu as chanté gravement «Petit pays, je t’aime beaucoup...»


 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique