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28/02/2013

Ehpad, pas prison!

Les prisons et d'une façon générale les endroits où on est détenu - comme pendant une garde à vue ou à l'hôpital psychiatrique si on y a été interné d'office - doivent être surveillés afin que les personnes qui font l'objet de cette rétention soient traitées correctement.

La France n'a malheureusement pas de bonnes habitudes en ce domaine, ses prisons sont vétustes et surpeuplées, et dans beaucoup de commissariats les geôles sont en piteux état.

C'est pourquoi a été créé en 2008 le poste de Contrôleur général des lieux de privation de liberté, en l'occurrence Jean-Marie Delarue, qui rend chaque année son rapport au président de la République.

Permettez-moi de signaler au passage que ces lieux étaient déjà, de droit, contrôlés par de multiples instances, mais apparemment sans efficacité puisqu'il a fallu en créer une de plus.

Dans son tout dernier rapport, le Contrôleur général suggère que les Ehpad soient également placés sous son contrôle. Selon lui, donc, ce sont des lieux de privation de liberté, comme une prison.

Cette proposition qui me fait bondir a pourtant été étudiée avec pondération par Michèle Delaunay, ministre en charge des personnes âgées. Ce qui ne l'empêche heureusement pas de conclure sur son blog qu'en gros c'est une mauvaise idée.

Quant à moi, je trouve qu'on mélange tout.

Oui, les précautions s'accumulent, particulièrement dans certains Ehpad, où on multiplie les sas, les digicodes, les bracelets et les puces électroniques censés donner l'alarme si un résident sort inopinément. Mais comment en serait-il autrement, puisque nous jugeons par ailleurs inacceptable que nos proches confiés à des Ehpad puissent en sortir au risque de s'égarer? 

Cet hiver, trois personnes âgées sont mortes de froid dans ces circonstances. Ces tragédies ont donné lieu à un concert de protestations unanime: comment pouvait-on sortir d'un Ehpad sans que le personnel s'en aperçoive sur le champ? Des familles ont d'ailleurs immédiatement annoncé leur intention de porter plainte.

On les comprend! Mais cela envoie un message très clair aux Ehpad: par tous les moyens, sous peine de poursuites, il leur faut garantir à 100% que le résident ne sortira pas inopinément. Allez vous étonner, après, que les précautions prises soient draconniennes. Au point que certains Ehpad peuvent ressembler à s'y méprendre à des lieux de privation de liberté.

Si nous voulons qu'une certaine liberté soit garantie à nos proches résidents d'Ehpad, même très désorientés, nous devons aussi reconnaître que cette liberté s'accompagnera d'un risque accru. Et nous devons choisir entre ce risque et la coercition. Ce n'est pas facile. Mais le Contrôleur général n'a rien à voir avec ça, car quand nous confions un proche à un Ehpad, c'est parce que là, dans un environnement professionnel pensé pour lui de A à Z, nous espérons qu'il sera quand même plus libre que chez lui où, hélas, plus rien n'est possible.

C'est tellement douloureux de voir ceux qu'on aime perdre le nord, qu'on aimerait bien que des gens qui font autorité, comme le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, sachent garder leur cap.

(Chacun pourra consulter le rapport en question à partir du 4 avril sur le site dédié.)

 

 

 
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