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12/08/2011

Finances, violons et casseroles

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Si vous aviez quelque chose d'important à confier à quelqu'un, les économies de toute une vie, par exemple, vous vous adresseriez à l'un de ces jeunes gens?

Pas sûr. C'est pourtant ce que bien des bonnes âmes ne manquent pas de nous conseiller, et ça ne date pas d’hier. Ca ressemble un peu à ça: confianssse…



 

Il y a trente ans déjà, le Commissariat général du Plan s’époumonait : au son des violons, certains grands financiers et autres assureurs s’accordaient pour jouer avec virtuosité la séduisante symphonie des Fonds de pension. Le leitmotiv était tout simple : « Le seuil atteint par les prélèvements obligatoires est insupportable ».

Je reconnais que, dit comme ça, on ne peut qu’être d’accord. Regardez votre fiche de paye de 1980, si vous en avez gardé une dans un coin (ou encadrée dans votre salon !) et comparez-la à une plus récente. Elle était trois fois plus courte. Toutes ces petites lignes qui se sont rajoutées, ce sont des « prélèvements obligatoires ». Brrr…

Sauf que « prélèvements obligatoires », ça se dit aussi « solidarité ». En clair, cette petite ligne-la, sur la fiche de paye, c’est le riche qui soutient le pauvre ; celle-là c’est le travailleur qui soutient le chômeur ; et celle-là c’est le bien-portant qui soutient le malade ; et encore cette autre, là, c’est le jeune qui soutient le vieux, l’adulte qui soutient le bébé…

En revanche, pour parler en bon français, Fonds de pension, ça veut dire jouer sa retraite en Bourse ! Présenté sous cette forme, ça tente quelqu’un ?

Pour autant, les Paganini de l’époque ne se sont pas découragés et ils ont même fait des petits. Près de vingt ans plus tard, en 1998, un brillant conseiller du Premier ministre (polytechnique et tout et tout) jouait à son tour les Yehudi Menuhin de la retraite par capitalisation et rendait un rapport savant pour entonner le même couplet : stop à la solidarité, vive la finance.

Je n’en parlerais pas si l’homme n’avait été un cadre important de Goldman Sachs. Ca vous dit quelque chose ? Une banque qu’il a fallu renflouer par milliards, après la crise des subprimes, celle qui a jeté à la rue des millions d’Américains qui n’avaient rien fait de mal. Est-ce qu’un peu de bon sens de vaut pas tous les diplômes du monde ?

Vous connaissez ce ruban. Certains jours, on aimerait se faire plaisir et le dérouler autour de certains établissements financiers.

 

 

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En France, donc, on n’est pas aussi rigolos qu’à Wall Street, mais on a tenu bon. Le meilleur des placements, c’est resté de se serrer les coudes.

Mais quand on a plus de dix ou quinze ans, on se souvient de beaucoup de choses. L’Argentine, par exemple, il y a juste dix ans, quand un beau jour –si l’on peut dire- de décembre, en plein été pour eux, les banques ont tout simplement baissé leur rideau. Entre la dette et la fuite des capitaux, les Argentins n’avaient plus rien. Les financiers leur avaient tout volé. Et rien veut dire rien : les salaires n’étaient plus versés, les retraites non plus.

Après les pillages et les larmes, les Argentins sont venus pendant des semaines, soir après soir, taper sur des casseroles Place de Mai, là où quelques années plus tôt les femmes venaient réclamer des nouvelles des disparus de la dictature.

J’aime cette image, elle montre des gens unis et combatifs.

 

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Aujourd’hui, l’Argentine s’est relevée. Elle est en plein essor. Qui se souvient que pour une large part, elle doit cette guérison à son système de solidarité, qui malgré la catastrophe financière a permis de donner un peu à ceux qui n’avaient rien ?

Depuis, le pays a encore renforcé ce système, qui le rend plus résistant que d’autres qui le considèrent comme peuplé de naïfs gauchos ou, au mieux, de bons danseurs de tango, mais sont, eux, tombés plus bas que terre lors de la crise de 2008.

Pareil pour la France. Souvenez-vous du mépris avec lequel un conseiller du président Bush parlait de la France et de l’Allemagne comme de la « vieille Europe ». Eh bien, cette vieille Europe, qui comme l’Argentine a la solidarité pour arme principale, fait mieux face aux crises économiques que toutes les nations qui se prosternent devant les Stradivarius de la corbeille.

Je vais vous confier une petite exclusivité. Elle va vous faire plaisir. Le mois dernier, nous avons publié un questionnaire, dans Notre Temps. Nous demandions à nos lecteurs de cocher, parmi vingt-quatre options, les cases correspondant à leur priorité, pour l’avenir du pays.

Ils ont été plus de mille à prendre la peine de répondre, avec enveloppe, timbre et rien à gagner. Vous savez quelles sont, et de loin, les deux priorités qui viennent en tête ? L’emploi des jeunes et la préservation de notre système de solidarité.

C’est une sacrée bonne nouvelle. Grâce à cela, les rideaux de nos banques ne sont pas près de baisser. Parce que nous sommes restés des paysans, au fond de nous, avec les pieds sur terre.

Et nous, la vieille Europe, nous, les paysans, même quand on nous joue du violon, nous savons reconnaître le son du pipeau.


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