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03/10/2011

Il y a un an, le capitaine Ecalle...

Il y a un an jour pour jour, un avion disparaissait. Un avion "de tourisme", comme on dit, sauf que celui-là était piloté par un jeune as de 30 ans, qu'on ne voyait jamais que le sourire au lèvres, un sourire d'autant plus doux qu'à bord de son Jodel DR1050, le capitaine Renaud Ecalle était en bonne compagnie: sa femme, Alice, son fils Adrien, et sa petite Louise rentraient avec lui d'un meeting à Jonzac, où ils avaient encouragé des camarades aviateurs.

Famille Ecalle.jpg

Si vous n'avez jamais entendu parler du capitaine Ecalle, c'est que personne ne parle de voltige aérienne. Les journalistes sportifs n'y connaissent rien, les annonceurs ne s'y intéressent pas, l'argent ne déferle pas sur la tête de ces champions. Bien au contraire, tous ceux qui, une fois dans leur vie, ont sorti le plus modeste Cessna d'un hangar pour une heure de vol par dessus la campagne savent ce qu'il en est: ça coûte cher.

C'est donc en inconnu que Renaud a perdu la vie, il y a un an, avec sa chère Alice, son petit Adrien et sa toute petite Louise. Certes, la télévision a brièvement rendu compte de cet accident, mais elle l'aurait fait de la même manière s'ils avaient péri dans un accident de la route particulièrement grave. En fait, ce n'est pas seulement la plus sympathique des familles qu'une météo diabolique venait d'engloutir et jeter au sol, quelque part dans la nature sauvage autour de Lodève. C'est aussi un champion du monde de voltige aérienne dont notre pays allait être privé, et il n'est pas un meeting depuis qui ne sente sur lui le regard clair et fraternel du capitaine Ecalle. 2600 heures de vol, un passé de chasseur sur Mirage F1, le bonheur familial, l'expérience du plus haut niveau international et un caractère de rêve, rien de tout cela n'aura suffi. En communication avec l'aérodrome de Montpellier, le capitaine Ecalle ce soir-là a signalé une problème de navigation. Puis le contact a été perdu.

Le Bureau Enquête Accident a minutieusement reconstitué les circonstances du drame. Ses conclusions sont consultables par tous, dans un souci de transparence rare pour l'administration française. Mais en ce jour anniversaire, faisons comme Renaud Ecalle, leader de l'équipe de voltige de l'armée de l'air, sourions à la vie. Et regardons-le danser sur le ciel comme un patineur sur la glace, au son magnifique de son moteur mêlé aux accents d'une guitare qui déchire. Les connaisseurs savent que chaque inclinaison est mesurée au degré près par les juges, et chaque enchaînement, et toute la chorégraphie dans son détail et dans son ensemble. Renaud Ecalle était un aviateur inspiré, un acrobate, certes, mais aussi un grand artiste. Ceux qui veulent de la voltige, rien que de la voltige, regarderont cette vidéo, filmée il y a trois ans lors d'une compétion au Japon.


Et ceux qui veulent juste faire connaissance avec Renaud et mesurer combien il fut aimé, regarderont cette vidéo-là, plus naïve, mais aussi très complète, réalisée par un admirateur inconnu. Il y a un an, Renaud Ecalle, sa femme et ses enfants décollaient, sereins.






 

02/10/2011

Le nudisme, même en ville!

Castro, ce beau quartier de San Francisco, au bord du Pacifique, est une fois de plus traversé par la polémique. Il faut dire qu’il aime ça. Pour les questions de moeurs et de modes de vie, c’est le quartier le plus progressiste  de la ville la plus progressiste au monde. Si vous voulez vivre au plus près du célèbre « interdit d’interdire » de mai 1968, c’est là qu’il faut aller vous installer.

A la fin des années 1960, les féministes américaines s’y sont montrées fort actives, se débarrassant par exemple de leur soutien-gorge en public comme s’il les avait autant asservies que les chaînes aux pieds des bagnards. Le public, masculin si l’on en croit la photo, adhérait volontiers à la cause...

feministe-san-francisco.jpg


images.jpegPlus de quarante ans après, les baby-boomers remettent ça. Mais pas avec les soutien-gorge, cette fois, ils auraient du mal: ce sont ces messieurs qui en ont marre des conventions. «Je me balade à poil parce qu’il fait beau et que j’aime sentir le soleil et la brise sur ma peau », déclare Woody Miller, 55 ans, chef de file d’un mouvement de city-nudisme qui fait fureur depuis quelques années.

 

Pourtant, même les plus cool, à Castro, en ont ras-le-bol. Au point qu’un élu local, Scott Wiener (qui préfère visiblement le costume carvate!), a entrepris de mettre des limites à ces habitudes. Scott Wiener.jpeg Il veut faire voter un texte qui obligerait les nudistes à étendre une serviette avant de s'asseoir sur un banc public et à se couvrir avant d'entrer dans un restaurant. La contrainte serait modeste.

Un autre adepte du plus simple appareil même en pleine ville, nommé George Davis (à gauche sur la photo des deux compères, ci-dessus), trouve le texte stupide. «C’est bien plus dangereux de se faire tousser dans la figure que de s’asseoir là où un nudiste s’est assis », proteste cet homme d’affaire de 67 ans qui, jadis, fut candidat à la mairie de San Francisco.


Inutile de préciser que ce mouvement est exclusivement masculin, vu que le quartier de Castro n’est guère habité que par des hommes homosexuels. On pourrait se dire, après tout, ils sont entre eux, qu’ils se débrouillent avec leur micro-société. Sauf qu’une société a beau être «micro », ce n’est pas pour autant qu’elle met tout le monde d’accord. Il n’y a qu’à lire Astérix pour s’en rendre compte. On se dispute pas mal, dans le village gaulois!


En fait, ce qui se passe à San Francisco est typique de ces chamailleries dont on n’arrive pas à se sortir parce que les arguments rationnels sont inopérants. Si vous dites à ces seniors nudistes qu’on préférerait qu’ils mettent quelques vêtements en plus de leurs Converse et de leur casquette d’adolescents, vous ne pourrez pas démontrer pourquoi. Vous aurez fatalement l’air collet monté et rétrograde. C’est pour ça que l’élu local tente de s'appuyer sur des arguments relevant de l’hygiène élémentaire. Ce qu’il pense vraiment, il n’ose pas le dire! Pourtant, croyez-moi, l’absurde va loin dans cette histoire. Par exemple: le Orphan Andy’s, un café-restaurant de Castro qui sert 24/24 heures, refuse de servir les clients nu-pieds ou torse nu. C’est d’ailleurs la pratique la plus commune partout aux Etats-Unis, où il n'est pas rare de voir à l'entrée des boutiques cette petite pancarte: "Pas de chaussures, pas de chemise, pas de consommation" (No shoes, no shirt, no service"). Mais les city-nudistes, eux, sont acceptés chez Orphan Andy’s. "Sans chemise, sans pantalon", chanterait Rika Zaraï! Et sans caleçon.

Orphan Andy.jpgC’est à n’y rien comprendre. Heureusement, le soleil et la douce brise ne sont pas tous les jours de la fête, à San Francisco, et la météo maussade est la meilleure alliée des anti-tenue d’Adam.

Puisqu’aujourd’hui j’ai décidé de vous parler des gens qui vous débitent une logique implacable contre laquelle on ne sait pas quoi répondre tellement la situation est absurde, faisons un tour par Toronto, au Canada.

Là, au début de l’année, un bébé a vu le jour. Un bébé appelé Storm. Et alors, dites-vous? Oh, beaucoup de choses, par exemple ce bébé a deux frères aînés qui s’appellent Kio, 2 ans, et Jazz, 5 ans (sur la photo. Oui, je sais, il a des nattes, mais c'est lui quand même)... Et alors? Storm est né dans une piscine spéciale pour les accouchements... Et alors? ses parents ont envoyé un courriel à leurs amis pour annoncer la naissance mais pas le sexe de Storm. Dommage, c’est vraiment la première question qu’on pose, d’habitude: «Alors, c’est une fille ou un garçon? »

Les parents de Storm ne partagent ce secret qu’avec ses deux frères et la sage-femme qui l’a mis au monde. Les grands-parents, eux, même s’ils défendent le point de vue de leurs enfants, reconnaissent qu’ils se lassent d’avoir à l’expliquer à leurs amis, collègues et relations.


Storm et Jazz.jpeg



Je me dis qu’évidemment, ils ne doivent jamais garder Storm, qui certainement n’a jamais non plus de baby-sitter, ou alors comment changer ses couches? Ces parents estiment que révéler qu’un enfant est garçon ou fille, c'est empièter sur sa liberté. Les experts de l’éducation sont horrifiés. Autant ils sont favorables à laisser s’exprimer l’enfant sans le formater dans des stéréotypes, autant ils estiment que l’identité sexuelle est une base sur laquelle fonder la connaissance de soi.


Les parents de Storm (entre nous, regardez sa photo sur les genoux de son père: c’est un petit garçon, non?) n'envoient pas leurs enfants à l'école. Storm et son papa.JPG On s'en serait doutés. Mais en famille, par exemple pour dire qu’il a un rhume, ou la varicelle, ou qu’il n’aime pas les petits pots aux épinards, ils disent comment? « Il »? « Elle »? Ou, puisque le neutre existe en anglais, ils disent « it »?


Bref, bienvenue en Absurdie. Une histoire similaire a eu lieu en Suède. L’enfant avait deux ans qu’on n’avait encore pas le droit de savoir si c’était une fille ou un garçon. Les parents, âgés de 24 ans (quinze ans de moins que ceux de Storm), soutenaient que le sexe était une pure construction sociale, et qu’ils voulaient élever leur enfant sans lui faire infliger de marqueur préalable. Ils l’habillaient tantôt en robe, tantôt en salopette, le changeaient fréquemment de coiffure, et n’utilisaient jamais de pronom: ni «il », ni «elle », juste son prénom.


Alors quelle conclusion tirer de ces histoires de fous?


D’abord que, si à l’âge des tempes grises et de la barbe blanche, on veut se promener nu comme un ver en pleine ville, c’est loufoque mais plus puéril que vraiment toxique. Tandis que priver un enfant de son identité sexuelle, histoire de le laisser choisir quand il serait grand, c’est à mon humble avis aussi cruel que de le priver de nourriture histoire de le laisser choisir quand il serait mort de faim.


Ensuite, une petite conclusion moins dramatique pour vous faire sourire. Il y a en effet un pari qu’on peut faire en étant à peu près sûr de gagner: jamais le petit Storm ni l’enfant suédois n’iront à Castro rejoindre les activistes du city-nudisme. A moins justement que, se révoltant un jour comme tout le monde contre l'éducation reçue de leurs parents, ils ne deviennent l’un et l’autre des adeptes du soleil et de la brise sur la peau, et ne veuillent prouver à tous, de Stockholm à Toronto, qu’ils sont de beaux garçons ou de super nanas! Et  ça, ce serait vraiment la réponse du berger à la bergère!

 

adam-et-eve.1285571419.jpg

 

 

 

26/09/2011

La retraite... à quel âge, déjà?

Heureusement qu’on ne mesure pas la crédibilité d’une nouvelle à sa vitesse de propagation! À en croire les commentateurs, ces tout derniers jours, les Français allaient devoir attendre 67 ans pour prendre leur retraite. C’est le Premier ministre en personne qui l’avait dit. On était à peine sorti des négociations précédentes et toc! On reprenait cinq années de plus derrière les oreilles.




Pourtant François Fillon n’a pas parlé chiffres. Il n’a parlé que d’évidence, évoquant l’Allemagne : « Il faudra aller vers un temps de travail commun, vers un âge de la retraite commun, il faudra aller vers une convergence progressive de l’organisation économique et sociale de nos deux pays, parce que c’est la clé de la survie et du développement de la zone euro et du continent européen. »

Bien sûr on peut être contre la survie de la zone euro et contre le développement du continent européen. Auquel cas la divergence fera très bien l’affaire. Autrement, impossible d’imaginer que l’incohérence des systèmes sociaux joue en notre faveur. Fillon n’a énoncé qu’une banalité, presque une lapalissade.

La retraite à 67 ans, pour les Allemands, c’est dans une vingtaine d’années. Il va couler pas mal d’eau sous le Schillingbrücke d’ici là. Vous vous souvenez de la France il y a vingt ans?

coupe-davis-19911.jpgYannick Noah chantait Saga Africa sur le court de tennis, à Lyon, après la victoire de la France en Coupe Davis...










225px-Edith_Cresson_EC.jpgEdith Cresson était Premier ministre...


Un autre pays, et même un autre monde, dans lequel l’URSS existait encore...Carte_urss.jpg



Comme le nôtre, le financement des retraites allemandes repose avant tout sur le travail du salarié, qui cotise ainsi que son employeur (mais sans retraite complémentaire obligatoire, une part de capitalisation individuelle étant subventionnée par l’Etat). Ce mode de financement résulte pour une large part de lobbys financés par les groupes industriels. Ce n’est pas le cas en France, où il résulte essentiellement d’une décision politique. C’est intéressant qu’on arrive à un résultat si comparable.

Le mot « lobby », chez nous, fait horreur, car il est synonyme d’intérêts particuliers au détriment de l’intérêt collectif. Il y a du vrai. Prenons l’exemple de l’industrie automobile. Elle est florissante en Allemagne, surtout grâce aux voitures haut de gamme, les Audi, Mercedes, BMW, sans même mentionner Porsche. 1209728262_small.jpgL’offre des autres constructeurs européens est (ou était, il y en a si peu maintenant!) plus diverse, avec des modèles pour toutes les bourses. Les lobbys allemands ont obtenu de l’Union européenne qu’elle soit laxiste concernant les émissions de gaz à effets de serre, afin de protéger l’industrie de grosses voitures allemandes. Ouvrant ainsi un boulevard aux Japonais, qui ont pris dix ans d’avance sur l’Europe pour le lancement et la mise au point des moteurs hybrides.

La Commission européenne et le Parlement sont littéralement assaillis par les lobbyistes allemands, et pas seulement pour éviter que les directives ne nuisent aux domaines les plus vigoureux de leur industrie. Ils sont là aussi pour que leur pays ne se laisse pas embêter par des lois sociales susceptibles de plomber leur dynamisme.

Devons-nous pour autant nous en méfier par principe? A entendre les commentaires qui ont suivi la déclaration de François Fillon, on aurait cru que l’Allemagne était peuplée de vieillards à barbe blanche descendant à la mine avec leur piolet sur l’épaule en chantant « Eo éo, je retourne au boulot »...

En fait, l’âge du départ à la retraite est secondaire... La pire des pénibilités, dans le travail, c’est de ne pas en avoir! Ça, ça ronge, ça use, ça détruit un homme! L’âge du départ à la retraite trouve son équilibre facilement quand le taux d’emploi est satisfaisant. Pour les plus de 55 ans, ce taux a progressé trois fois plus vite en Allemagne qu’en France pendant ces dix dernières années. Il est également bien meilleur pour les jeunes. Pas étonnant que le débat sur les retraites soit moins exacerbé chez eux que chez nous. Parlons boulot d’abord, ce qui veut dire parler compétitivité, et le reste suivra naturellement.

Les lobbys qui font le siège de la Commission européenne à Bruxelles, des députés européens à Strasbourg et du Bundestag à Berlin peuvent, sans que ce soit leur but (notre sort, ils s’en fichent évidemment), peser dans le bon sens. Ce qu’ils veulent, c’est qu’avec ou sans nous l’industrie allemande reste performante. Pour cela, l’Europe ne doit pas la phagocyter, qu’il s’agisse de gaz à effets de serre ou de protection sociale. Ce qui veut dire que l’Europe doit favoriser l’emploi.

De notre côté, au lieu de nous enliser dans des décomptes de trimestres, nous sommes dans l’urgence de relancer nos savoirs-faire. La restauration et les BTP, par exemple, où nous sommes aussi bons que l’Allemagne dans l’industrie chimique ou automobile. Qu’est-ce qu’on attend pour en donner le goût aux jeunes gens? Ils sont orientés vers des métiers sans débouchés, se détournent des filières qui embauchent, et on les assourdit avec l’âge légal de la retraite avant qu’ils n’aient mis un doigt de pied dans le système! On les persuade que tout est méprisable sauf un CDI alors qu’ils n’obtiennent même pas d’accusé de réception quand ils font acte de candidature! Comment se repéreraient-ils dans de telles contradictions?

Le lobby, on n’est pas obligé d’aimer, mais c’est un métier. En France, nous n’avons pas de lobby officiel, nous avons des groupes de pression. Leurs exigences sont toujours les mêmes: du fric, du fric, du fric. Les restaurateurs par exemple ont obtenu de Bruxelles, il y a plus de deux ans, l’abaissement de leur taux de TVA. images.jpegCela n’a servi qu’à retirer une source de revenu à l’Etat. Quoi qu’il nous en coûte, la restauration est le secteur d’activité qui a compté le plus de faillites dans les treize derniers mois.

Pourquoi s’offusquer de ce qui se passera dans vingt ans, comme si nous n’avions assez à faire avec aujourd’hui? Nos enfants peinent à entrer dans la vie active. Leurs parents peinent à y rester. L’urgence est là. La retraite de nos aînés a été bonne parce qu’ils ont pu travailler. En 2030, pour nos cadets, elle le sera si eux aussi ont pu travailler.

Et si on parlait de quelqu’un qui vient d’annoncer sa retraite, à 70 ans? Quelqu’un qui en avait une petite cinquantaine quand elle a commencé à travailler. Travailler en gagnant vraiment sa vie, je veux dire. Travailler autrement qu’au pourboire et au cacheton. Quelqu’un qui avait déjà beaucoup fumé et beaucoup bu, avant de toucher ses premiers vrais chèques. Mais quelqu’un qui a aimé la vie épuisante qu’elle a menée ensuite, avec changements brusques de climat, décalages horaires, fatigue de la route, des avions, des chambres d’hôtels... Cesaria Evora arrête sa carrière: son corps ne tient plus. Entre cent, j’ai choisi de partager avec vous sa version de Besame Mucho, parce que j’aime la subtilité des arrangements et la douceur avec laquelle Cesaria chante cette belle chanson de renoncement. Oh oui, Cesaria, on t’embrasse mucho mucho! Repose-toi bien, maintenant, dans ton île, le Cabo Verde à qui sur les scènes du monde entier tu as chanté gravement «Petit pays, je t’aime beaucoup...»


 
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