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31/01/2012

Merci, soldats!

7697536319_un-soldat-francais-en-afghanistan-le-12-mars-2009-dans-la-vallee-d-uzbin.jpgAu coeur de l'été 2008, dix de nos compatriotes trouvent la mort en Afghanistan. Dix soldats du 8è RPIMa, dont huit tombent sous les balles ou les éclats d'obus, un neuvième est tué à l'arme blanche, et le dixième perd la vie dans un accident, alors qu'il se rend sur les lieux du combat.Insigne_régimentaire_du_8°_RPIMA.jpg

Notre armée enregistre là sa plus lourde perte depuis un quart de siècle. Et encore: lors du drame précédent, l'attentat du Drakkar en pleine guerre du Liban, il s'agissait de terrorisme, pas d'affrontement militaire.

En face, côté talibans, les pertes sont plus lourdes encore, et hélas on compte aussi des civils parmi les morts. Le commandement français vient de succéder aux Italiens dans ce district. Ces derniers ne sortaient guère de la base, se cantonnant à des actions de type humanitaire. Ce n'est pas le choix que fait notre armée, qui patrouille, part en reconnaissance, puis monte l'opération qui va trouver ce dénouement tragique. Si la dangerosité de la région était à démontrer, c'est fait.

afghanistan-hommage-invalides-soldats-tues.jpgQui d'entre nous n'a un père, un oncle, un grand-père mort au combat? Simples appelés ou militaires de carrière, ils sont morts pendant la Grande Guerre, pendant la Seconde Guerre mondiale, ou en Algérie. Professionnels, ils ont pu mourir en Indochine (40000 morts, 10000 disparus), ou dans une des multiples missions de l'ONU auxquelles participe notre pays. Qui d'entre nous a seulement imaginé que notre mère, notre tante, notre grand-mère aurait pu porter plainte pour le deuil auquel elle était condamnée? Et qu'un juge d'instruction, un civil, irait enquêter?

Le juge parisien Frédéric Digne a été autorisé par la cour d'appel à ouvrir une enquête pour homicide involontaire dans le cadre de l'embuscade afghane. Afin de déterminer si les hommes engagés dans cette opération par leurs chefs l'ont été dans des conditions de sécurité, et avec des moyens de défense et de riposte suffisants.

Je ne suis pas moi-même à proprement parler d'une famille de militaires, mais comme tout le monde, il y a des militaires dans ma famille, à toutes les générations. Il m'ont toujours paru plus respectueux de la vie - la-leur mais surtout celles dont, par leur grade, ils avaient la responsabilité - que les chauffards ordinaires que je croise tous les jours en traversant la rue. Et quand ils avaient perdu un homme, des décennies plus tard ils se souvenaient de son nom, de son âge, et des circonstances précises de sa mort.

La douleur d'une mort aussi brutale, le chagrin des familles, l'immensité de la perte, personne ne saurait les nier. Pas plus que cette peine spécifique de voir mourir un homme jeune et brave, parti au loin pour offrir le meilleur de lui-même à l'armée française et, ne l'oublions pas car c'est une motivation noble, nourrir sa famille.

Mais la culture de la méfiance, la culture de la suspicion, la confusion entre mort au combat du fait de l'ennemi et victime d'incompétence du fait de ses frères d'armes, cela ne me semble pas de nature à rassembler une nation ni à convaincre notre armée que nous sommes avec elle.

Les soldats ont besoin de notre soutien. Ils ont choisi leur engagement, ils ont travaillé dur pour être sélectionnés. Quand nous les perdons, quand nous les pleurons, quand nous nous sentons frères et soeurs de leurs proches endeuillés, n'oublions pas leur orgueil et ne faisons pas injure à l'armée à laquelle ils ont voulu confier leur vie. Mourir au champ d'honneur, mourir en service commandé, c'est toujours mourir bien sûr, mais pas pour rien, et tout est là dans la vie d'un soldat.

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Commentaires

Le nombre de jeunes soldats morts au Champ d'Honneur nous effraie et nous révolte, nous oublions par méconnaissance que ce métier est leur fierté et mourir au champ d'honneur pour un soldat mérite une légion d'honneur, le statut d'orphelins de Pupilles de la Nation pour leurs enfants etc....
Mais mon oncle de 20 ans a été purement et simplement assassiné par une milice dans la forêt de Châtillon-sur-Seine, et mes grands -parents, ma mère, mes tantes, n'ont jamais eu le sentiment qu'il était mort pour son pays et au champ d'honneur. Une tombe, une sépulture payée par mes grands-parents et aucune reconnaissance, pas une petit médaille , pas un mot pour un jeune homme de tout juste 20 ans.
Je n'ai que du respect pour l'armée, mais mourir c'est toujours mourir et à 20 ans, je ne trouve pas normal une vie si brève pour des raisons qui nous dépassent .

Écrit par : nette | 31/01/2012

Bravo pour votre article.

En effet, il faut respecter l'engagement des forces françaises en Afghanistan et le sacrifice de ces soldats qui se sont battus pour la France (il ne faut pas oublier que, même si les USA ont joué un jeu trouble en Afghanistan dans les années 80 et 90, il était souhaitable en 2001 de supprimer les camps terroristes qui existaient là-bas, terroristes qui grâce à ces camps ont mené des opérations contre les populations civiles non seulement à New York mais aussi à Madrid, à Londres et à Bombay).

Par ailleurs, voilà ce que dit l'article 121-3 du code pénal : "[...] Il y a également délit, lorsque la loi le prévoit, en cas de faute d'imprudence, de négligence ou de manquement à une obligation de prudence ou de sécurité prévue par la loi ou le règlement, s'il est établi que l'auteur des faits n'a pas accompli les diligences normales compte tenu, le cas échéant, de la nature de ses missions ou de ses fonctions, de ses compétences ainsi que du pouvoir et des moyens dont il disposait."

Je vois mal (mais je ne suis pas magistrat) comment un juge, 4 ans après le drame, va pouvoir instruire ce dossier : qu'est ce que veut dire cet alinéa du code pénal dans une situation de guerre ou, par nature, il est très difficile de prévoir comment l'ennemi va agir et donc faire face ; pareillement qu'est ce que "les diligences normales" lors d'une opération militaire : la négligence dans ces conditions est très douteuse, comme vous le rappelez dans votre article le secteur était nouveau et les officiers français en charge de l'opération ne connaissaient pas ou mal les pratiques antérieures des Italiens.

Il est probable que cela se termine par un non-lieu où personne n'aura rien gagné (les familles des soldats décédés, la société française, la justice et l'armée) sauf l'avocat médiatique (passé de l'extrême gauche à l'extrême droite) qui tire les ficelles de cette affaire en exploitant la douleur des proches de ces soldats morts pour la France.

Écrit par : tnato | 31/01/2012

Je suis fils de militaire, j'ai 69 ans, petit je voulais moi aussi "faire carrière" dans l'armée...
Je suis aussi "pieds noirs" et j'ai vécu dans la souffrance la perte de mes racines, mais aussi la violence de l'Armée et de son adversaire le FLN... Je n'en dirai pas plus, chacun sait que la guerre n'est pas un jeu d'enfants, et que les premiers responsables de ces atrocités sont les politiques qui envoient des hommes et des femmes à des combats plus ou moins justifiés...
Mon père à été grièvement blessé près de Sienne en Italie quand il remontait la "botte Italienne" avec ses "indigènes" tirailleurs Algériens... Il aurait du mourir compte tenu des circonstances, mais il a eu la "baraka" et s'en est bien tiré, il a pu faire une carrière qui a durée 35 ans...
Mon Grand père était sergent en 1914, à l'issu de son service militaire, qui à duré 4 ans, la guerre à éclatée, il a porté l'uniforme 7 ans, lui aussi a connu les pires atrocités, il n'est pas resté dans l'armée, il est reparti sur ses chantiers, il était maçon, il a préféré construire à détruire...
Le grand père de mon épouse lui est mort dès les premiers jours du conflit, son corps n'a jamais été restitué à sa famille, porté disparu, sa femme a appris sa mort quasiment le jour ou elle accouchait de deux Jumeaux, il était paysan, ouvrier agricole, la misère....
J'ai fait mon service militaire en 1964/1965, et j'ai été très déçu par le comportement de beaucoup d'officiers et de sous officiers, l'idée de faire carrière s'est arrêtée là !
J'ai fait carrière dans l'architecture l'aménagement et l'urbanisme...
J'ai vu des hommes "du bâtiment" travailler très dur comme mon grand père, ces gens ont reconstruit la France après 1914 et 1945 eux aussi sont des héros et certains, je l'ai vu de mes propres yeux sont morts à la tâche, nombreux sont blessés après de graves accidents du travail, d'autres ont été victimes de maladies professionnelles (voir l'amiante et autre nombreux produits toxiques)...
Ils n'ont pas fait le choix de mourir en travaillant, les militaires eux ont fait ce choix, la mort chez eux est une des conséquences de leur choix de vie, pas les hommes du bâtiment... Quand un soldat est tué au combat, c'est un drame pour sa famille et ses proches, bien sûr je le sais de part ma famille, mais c'est aussi un drame pour un homme du bâtiment qui est tombé de l'échafaudage, parce que les gardes corps n'avaient pas été bien montés pour gagner du temps ! A-t-il eu des funérailles nationales pour être mort au service de la société ?
Je suis agacé de voir de tels "honneurs" rendus à des gens qui ont pris, de part le choix de ce métier, le risque de mourir au combat, métier sans doute nécessaire au maintien de la paix, mais la société doit aussi rendre hommage et défendre les bâtisseurs et les autres maillons de cette chaine qu'on appelle la Démocratie française

Écrit par : Patroc | 02/03/2012

Au fait, mes amis : "Mais que diable allaient-il faire dans cette galère ?". Défendre le sol français ? Défendre l'intégrité physique, voire les intérêts des citoyens français ?

Non ?

Et personne ne se pose la question ?

Tiens, c' est bizarre...comme c' est bizarre....

Écrit par : Charles | 19/04/2012

Au commentateur précédent: vous sous-entendez que vous sous-entendez, en somme. C'est la posture de celui qui laisse entendre qu'il est d'une intelligence supérieure. Même pas besoin de donner ses arguments, suffit de faire celui qui ne dira rien mais qui n'en pense pas moins...
Mais le blog en question n'est pas là pour mettre en valeur votre QI remarquable. Cette note dit juste que des soldats sont morts, et leur rend hommage.
Ce qu'ils allaient faire là-bas? Des opérations décidées par le personnel politique. C'est toujours le cas, s'agissant d'armées dans les pays démocratiques. Une non-question, donc.

Écrit par : Solveig | 19/04/2012

Les commentaires sont fermés.

 
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